Arts-Scène Diffusion

Frédérique Epin, Olyrix, Juillet 2019

La voix de Lucile Richardot aux couleurs multiples semble en adéquation avec l’expression de toutes ces passions. Pas de place pour la tiédeur, les sons filés distillent la suavité de l’abandon ("dolce riposo" de Haendel) ou bien la plainte (Quel prix de mon amour de Charpentier) mettant en valeur les appoggiatures (dissonances sur le temps) et leurs résolutions, cependant que la révolte demeure sous-jacente, prête à exploser en voix de poitrine sonore et projetée (Dell’antro magico de Cavalli). Elle donne tout son sens à Music for a while, faisant sentir la menace d’un déchaînement proche impulsé par la furie. L’intensité est présente sur toute la tessiture. Les aigus ronds et vibrants amènent un certain lyrisme dans les récits, préservant l’intelligibilité du français et de l’anglais. L’engagement de la chanteuse est de chaque instant, vocalement et physiquement dans une théâtralité efficace animée de gestes expressifs : poings fermés, doigt tendu vers le ciel, bras ouverts. Ses entrées et sorties de scène coïncidant avec les changements de personnages sont soutenues par des pièces instrumentales interprétées dans la continuité par Jean-Luc Ho, passant du continuo aux pièces solistes avec la même exigence d’interprétation. Le public demeure attentif, sous le charme de cette magicienne généreuse. Charme que ne rompt ni le pupitre récalcitrant (la chanteuse poursuit son chant tout en le réparant), ni le relâchement vocal en fin de concert, révélant l’artiste dans toute son humanité. Elle reçoit alors l’hommage du public avec un sourire radieux. Read more