Arts-Scène Diffusion

Charles Arden, Olyrix, Juillet 2018

Cachet (se) joue de la frontière entre subtilité d'expression et flétrissure de l'instrument : des parties voilées mais d'autant plus expressives, des aigus émoussés, touchants, des vocalises retenues mais invitant à tendre l'oreille. L'intensité n'a pas besoin de l'excès, la douleur fermée vibre dans la mâchoire, l'expression surgit de la voix suave résonant aisément sur les aigus charpentés. La gêne vocale devient la douleur esthétisée de ses personnages tragiques. Lire l'article complet

Cécile Glaenzer, Resmusica, décembre 2017

 À l’écoute de cet enregistrement, on est frappé par l’extraordinaire homogénéité du timbre des violes. C’est que les six instruments de ce consort ont été pensés comme des tuyaux d’un même orgue, en respectant les proportions harmoniques entre chaque tessiture. C’est le luthier Arnaud Giral qui a construit ces violes précisément pour ce répertoire anglais du début du XVIIe siècle, après avoir attentivement étudié les documents d’archives et les instruments conservés de l’époque, comme il nous est expliqué dans l’intéressant livret d’accompagnement. Le résultat sonore, déjà remarqué au concert dans des pièces d’Anthony Holborne, est, comme le dit François Joubert-Caillet lui-même, « un son plein, pur, clair, profond, grand, à l’articulation précise et éloquente, un son que l’on pourrait qualifier d’anglais ». De la belle ouvrage.

Le Soir, novembre 2017

 L’Achéron aborde ce riche répertoire avec un très pur souci de clarté, somptueusement embaumé par la beauté des coloris instrumentaux.

Albéric Lagier, Musikzen, novembre 2017

 L’équipe réunie autour de François Joubert- Caillet s’attache à mettre en valeur ce répertoire anglais d’essence, ses touches italianisantes, et la richesse structurelle des consorts qui auront une influence prégnante au-delà des siècles et dans toutes l’Europe. Son interprétation ressemble à un sans faute : ce programme, de plus d’un heure, envoûte sans jamais lasser.

Serge Martin, Le Soir, août 2017

 Voilà le départ d’une merveilleuse aventure : l’intégrale de la musique pour viole de gambe de celui qui en fut le plus grand interprète,

révélé au grand public par le film Tous les matins du monde.  François Joubert-Caillet et ses musiciens nous proposent ici le Premier

Livre : un incroyable assemblage de tendresse, de passion et de rêverie à déguster à petites doses.? Cette musique était faite pour

être piochée selon l’humeur et c’est ainsi que cet enregistrement remarquable révèle ses plus purs trésors?

Maciej Chizynski, Resmusica, juillet 2017

 Les prestations de qualité fournies par François Joubert-Caillet, Andreas Linos et l’Achéron sont bien dans l’esprit de la musique baroque française : elles fascinent autant par la beauté pleine de puissance et de majesté dans les danses vives, que par la tendresse des morceaux envahis par la mélancolie et la douceur des tempos. Joubert-Caillet met avant tout en lumière le goût qu’avait Marais pour l’art lyrique ; c’est ainsi que derrière ces miniatures (Sarabande , Gigue , Menuet , Chaconne ) se cachent des moments qui nous renvoient au monde de l’opéra, et les interprètes veillent à ce que la musique soit chantée et chatoyante de couleurs.

Stéphane Renard, L'écho.be, juillet 2017

 François Joubert-Caillet appartient à cette nouvelle lignée de gambistes qui, forts du défrichage de leurs aînés et formés par les meilleurs - dans son cas Paolo Pandolfo, à Bâle - vont à l'essentiel, la musique. Au risque d'être médiatiquement trop réservé! Cela ne l'a certes pas empêché de remporter le Concours de Bruges, ni de multiplier les concerts en Europe et en Asie, sans oublier de graver quelques disques brillants à la tête de son ensemble L'Achéron. La présente intégrale devrait le propulser définitivement à l'avant-scène. Un premier CD Marais, paru il y a un an avec quelques pièces d'anthologie du gambiste fétiche de Lully et de Louis XIV, avait ouvert l'appétit. Ce coffret-ci, qui propose en 4 CD le "Premier livre", se révèle déjà une pure merveille. Au-delà de la musicalité et de la technique d'archet exceptionnelle de Joubert-Caillet (à découvrir sur YouTube), l'orchestration très subtile de la basse continue - théorbe, luth, guitare, clavecin - ajoute climats et couleurs à ce qui aurait pu paraître un rien austère.

Jean-Charles Hoffelé, ARTAMAG', juin 2017

Un premier disque, herborisant dans les cinq Livres, et s’ouvrant sur le Prélude en harpégement du Ve Livre, moment magique où Bach semble naître de la viole de Marais, prévenait en quelque sorte : Jordi Savall avait enfin trouvé mieux qu’un écho, un frère.

Longtemps, cet album m’accompagna le soir, la nuit, tous les caractères de Marais y paraissaient, sa viole y prenait un délié, une apesanteur, chantait, les trois amis l’entouraient, petit orchestre de timbres qui concertait comme autant d’étoiles. De la poésie inépuisable comme cela ne se trouve pas tous les jours même dans la plus poétique des oeuvres. Puis François Joubert-Caillet élargit son Achéron pour enregistrer les si françaises Suites de Johann Bernhard Bach, merveilles de mélancolie dansantes, j’en étais si heureux, mais reviendrait-il à Marin Marais ?

Il fait mieux qu’y revenir. Un joli coffret donne à entendre en trois disques bien pleins tout le Premier Livre, alpha d’une intégrale de ce que Marais aura écrit pour le prolongement de son corps. Car c’est bien, comme Jordi Savall le fit entendre jadis, un instrument-corps que joue François Joubert-Caillet. Il y a un mystère de la viole, qui respire avec celui qui la joue, tel un troisième poumon, je ne connais pas d’instruments plus physique, plus « physiologique », car même les souffleurs sont condamnés à une réduction du rapport corps instrument : les lèvres, ce déversoir. La viole, outre qu’elle peut se substituer parfaitement au timbre de la voix humaine, est absolument, de vibrations, d’émotions, une prolongation du corps au point que l’archet semble tirer la sonorité des jambes, du plexus, vampirise la main, le poignet, le bras.

Le Premier Livre est le plus vert et au fond le moins offert. Suites de danses où s’élabore un vocabulaire, où se mire l’art de Lully, et dont les interprètes doivent « inventer » les parures, du plus court (et parfois saisissant, comme dans la Chaconne à deux violes et ses divagantes variations) au plus décoré (la Suite en la majeur où, à la viole, se conjuguent les « jeux pincés » du théorbe et de l’archi-luth). Un jour ou l’autre, il faudra bien – tous – qu’ils nous enregistrent la Sonnerie ! Mais c’est la viole dans toute l’étendue de ses registres qui doit paraître, et depuis, Jordi Savall, elle n’a pas eu de plus pénétrants aigus. Au Catalan restent les graves où il ouvrait des tombeaux, des abîmes comme en ce soir à Ambronay où pour quelques amis, il reprit sa viole tard dans la nuit, allant de Hume à Marais, éclairants allés-retours.

Tout ici saisit d’évidence, et jusqu’aux Préludes qui justement ne préludent pas, dissonants ou proclamés, sensibles où prophétiques, abyssaux façon leçons de Ténèbres ou simples invites. Clou de cette livraison : le Tombeau de Mr Meliton. Écoutez cette double plainte dont les archets de François Joubert-Caillet et d’Andreas Linos se disputent ou se concordent la douleur. Marin Marais, lui seul.

Philippe Venturini, Classica, juin 2017

Il fallait bien un jour qu’un gambiste se lance dans l’intégrale des quelque 600 pièces pour viole de Marin Marais (…). Dès les premiers numéros, François Joubert-Caillet impressionne autant pas sa maîtrise instrumentale (justesse, gradation des nuances, finesse des agréments) que par la spontanéité d’un geste qui enjambe la barre de mesure et se déploie comme le phrasé d’un chanteur. Les préludes, fantaisies et autres allemandes sont naturellement propices à un tel lyrisme, mais les danses, malgré leurs appuis marqués, conservent cette fluidité de mouvement, l’élasticité du pas et l’allure gracieuse. (…) François Joubert-Caillet et son équipe révèlent, derrière la pompe et la gravité, une mélancolie et une sensibilité frémissante à laquelle il est impossible de rester sourd.

Philippe Ramin, Diapason, juin 2017

Quatre-vingt-dix pièces, organisées en neuf longues Suites, permettent à L’Achéron de décliner tous les effectifs possibles, conformément aux pratiques du temps et aux suggestions du compositeur : le théorbe seul, ou le clavecin, ou l’archiluth joint au théorbe, ou la guitare, amplifie(nt) la (ou les) viole(s). Mais aucun tutti au fil des quatre heures : on s’en passe d’autant mieux que tous ces experts font sonner leur réalisation avec une constante plénitude et rivalisent de raffinement. Parfois simples accompagnateurs, parfois plus audacieux dans la prise de parole, ils façonnent la direction musicale avec une très grande sûreté. Andreas Linos, à la seconde viole, est un partenaire solide et très présent. Mais Joubert-Caillet joue la carte de la viole seule dans le prélude d’ouverture, rappelant ainsi que la première édition fut (faute de temps) publiée sans la basse continue, et que la partie de viole est souvent autonome. Il possède cette belle diction jusque dans l’aigu de l’instrument, une expressivité personnelle du détail ornemental immédiatement séduisante. La souple Chaconne en sol à deux violes (très habilement construite) rend justice à la progression harmonique subtile de la forme à variations, et Philippe Grisvard en flatte les beautés au clavecin avec le talent qu’on lui connaît.

Joubert-Caillet est très attentif aux différentes humeurs des préludes, accentuant ici l’idée orchestrale (la majeur), évoquant l’écho d’une Leçon de Ténèbres à la Couperin (ré mineur), étirant les dissonances (sol mineur). Parfois l’harmonie audacieuse rappelle Delalande (prélude en ré majeur) et surprend par des enchaînements d’accords extraordinaires. Dans cette peinture de caractères, L’Achéron sait dispenser énergie et juste trait. Ce Tombeau de Mr Meliton enivré de dissonances qui ne trouvent jamais le repos fait songer à une spectrale avant l’heure.