Arts-Scène Diffusion

Riposta

Riposta

Chansons, motets et sonates démonstratives

 

Venise, début du seicento.
Dans l'Italie de la renaissance, entre la prima et la seconda pratica, les instruments se détachent de la voix pour être considérés indépendamment. A partir de pièces vocales connues, se développe l'art de la diminution instrumentale et on assiste à une l'émergence d'une nouvelle forme musicale : la sonate.


Distribution:

La Guilde des mercenaires
Violaine Le Chenadec canto
Adrien Mabire cornets
Jean-Luc Ho orgue

 

Programme:

Domine qui multiplicati sunt, A. Willaert
Susanne ung jour, R. Lassus / G. Bassano
Intonazione del primo tono, G. Gabrieli
Mille Regretz, J, des Près
Canzon prima, G. Gabrieli
Pulchra es, G.P. Palestrina, F. Rognoni
Une jeune fillette, J. Chardavoine
Toccate d'intavolatura d'organo, C. Merulo
Angelus ad pastores, C. de Rore, G. B. Bovicelli
Sonata per l'organo e cornetto, B. Marini
Stabat Mater, G. F. Sances
Canzon seconda, G. Gabrieli
Salve Regina, C. Monteverdi
Pulchra es, C. Monteverdi
Ohimé, dov'el mio ben, C. Monteverdi
Quel sguardo sdegnosetto, C, Monteverdi

 

« Les Vénitiens sont nés libres et ne sont tenus de rendre des comptes à personne sinon à Dieu, seul supérieur au Doge en ce qui concerne les affaires » En cette réponse apportée au Pape Paul V en 1605, la République demeure conforme à la tradition politique de séparation des pouvoirs et de la riposte toujours présente au sein de son administration.

A Venise, les religieux n'ont aucun pouvoir politique et peuvent être jugés par un tribunal civil s'ils enfreignent les lois de la République. Au coeur  d'une relation des plus difficiles avec l'autorité papale, qui aboutira à l'excommunication de la République. Officiellement, les Vénitiens ne peuvent plus dire la messe ni donner les sacrements sur tout leur territoire.

Le Doge, Leonardo Dona, et le sénat, profondéments religieux, mais connaissant leur devoir, interdiront purement et simplement la publication de l'Interdit Papal. Les Vénitiens continuent donc leur pratique du culte, en y associant comme toujours un volet artistique incroyable, le plus grand d'Europe à ce moment là.

Comble de l'histoire, en 1610, Claudio Monteverdi, officiant alors pour le duché de Mantoue, dédie son œuvre sacrée la plus importante: Vespro della Beata Vergine au pape Paul V. Ce même Monteverdi qui deviendra en 1613 maestro da capella, plus haut poste pour un musicien de l'époque, pour la Basilique San Marco, à Venise… C'est dans ce contexte de guerre militaire, politique et donc artistique (car l'art est toujours lié à la politique) que notre programme s'inscrit. La musique du seicento démarre dans une tradition (prima pratica) de polyphonie, souvent flamande, française ou italienne. Néanmoins, la seconda pratica (développée par Claudio Monteverdi particulièrement) permet aux instruments de prendre leur indépendance. A partir des pièces vocales connues, venues aussi de France et de motets écrits initialement par des maîtres polyphonistes, on ajoute des ornements et diminutions rythmiques afin de créer une nouvelle forme musicale : la sonate. D'un point de vue artistique, l'âge d'or de la République de Venise commence au XVIème siècle. Décadente économiquement, les marchands Vénitiens vivent sur leurs rentes acquises pendant de nombreux siècles. Les vénitiens festoient. Il y a bien sur le carnaval, six mois de l'année, mais en réalité, tout est sujet à fête et à floraison artistique. De ce berceau, on verra l'émergence de grands artistes. La peinture avec Titien, Tintôret, Veronese… et la musique avec les Gabrieli, Monteverdi, et plus tard Vivaldi. Même en dehors des italiens, de nombreux compositeurs viennent à cette époque à Venise pour étudier, ou rencontrer des maîtres. C'est le cas par exemple d'Adrian Willaert né à Brugges vers 1490, qui est nommé maître de chapelle à San Marco en 1527 et meurt à Venise en 1562. Pour l'aspect musicologique, un des éléments les plus marquants est la prise d'indépendance des instruments. Jusque là cantonnés à doubler les voix pour l'office (c'est aussi le cas en France et dans le reste de l'Europe), de nombreux instrumentistes deviennent si virtuoses qu'il proposent de consacrer des pièces entières seulement pour eux. C'est le cas de Giovanni Bassano, cornettiste, et de Francesco Rognoni et Biagio Marini, violonistes (entres autres). En réponse à son tour, Giovanni Battista Bovicelli, chanteur et envieux de la virtuosité des instruments, se met lui aussi à proposer des lignes virtuoses pour les voix. Tous les instrumentistes et chanteurs de l’époque savaient « diminuer » sur n'importe quelle basse simple et même sur des pièces à plusieurs voix complexes. Le principe est de prendre une pièce vocale à quatre ou cinq parties déjà écrites par un des maîtres de la polyphonie et de rajouter des ornements et des diminutions sur une des voix. En général, il s’agit de madrigaux ou motets de Palestrina, Roland de Lassus ou d'un autre maître de la polyphonie. Comme on peut le voir, nous assistons en réalité à la naissance d'une nouvelle forme musicale.

La complexité de certaines diminutions transforme totalement l'oeuvre originale. D'une pièce polyphonique vocale, est créée une véritable sonate instrumentale. Il est donc primordial pour tout instrumentiste de ne jamais oublier la vocalité toujours présente dans ces œuvres. Bien sur, la voix est aussi utilisée d'une nouvelle manière. Il n'est plus forcément question d'avoir un ensemble de chanteurs, mais bel et bien de mettre en valeur une ou un d'entre eux.  De fait, la forme mélodie accompagnée commence sa longue vie dans l'histoire de la musique. Ce programme est le fruit de ce multiple constat : d'une part comment les compositeurs construiront ce nouveau langage musical (appelé seconda pratica par Monteverdi) pour la voix et les instruments, et d'autres part, quelles évolutions artistiques cela amènera, tout en restant autour de l'orgue, instrument principal de l'édifice sacré. Dans une époque ou la musique est avant tout fonctionnelle, il faut concevoir la composition comme un art dialectique (polyphonie) puis théâtral (seconda pratica) mais toujours symbolique. La présence permanente du sacré dans l'écriture doit être en mémoire des musiciens que nous sommes. Monteverdi lui même était très pieux, et attaché à l'église. Le terme de Sacro-Profanus est la description parfaite de ce programme. Tel un dialogue entre l'architecte et l'alchimiste, le profane et le sacré sont symboliquement attachés pour s'élever ensemble.
Adrien Mabire

 

Audio

Lasso, Susanne un jour

 

La Guilde des mercenaires:
Violaine Le Chenadec canto
Adrien Mabire cornets, flûtes
Jean-Luc Ho orgue


Castello, sonata seconda

 

Adrien Mabire cornets, flûtes
Jean-Luc Ho orgue
 


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Riposta - La Guilde des Mercenaires
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